C'est étrange. J'ai l'habitude d'être assez froid, et de m'imposer comme tel, mais parfois, le facteur dit "X" vient foutre le boxon.
J'étais arrivé nonchalamment, de bonne humeur, une légère envie de râler sur ce média, et puis, gentiment, je commence à parler à des inconnus. Notons qu'en "réel" j'ai intérêt à être sacrément saoul pour faire ça, et encore... Enfin passons. Il était là souriant, ce X, et puis, à mon habitude de petit jeune un peu bêta, j'y suis allé à la vanne pour lancer la conversation.
Les choses allant, on peut dire qu'à l'heure actuelle, on accroche vraiment, et c'est, j'imagine, finalement, le principal.
Je sais qu'il va lire ce que j'écris là, puisque que je parle avec lui via le mécène, alors ça me chagrine de pas être dans l'état moral nécessaire pour décrire tout ça.
Alors à la place, je vais parler des montagnes de mon enfance.
Je les voyais là, imposantes et aussi vieilles que l'est le monde, baignées par un soleil radieux, alors même que les nuages se paraient d'or et d'ambre. Elles semblaient me sourire, lorsque j'allais vers elles, et j'avais toujours l'impression d'être accueilli à bras ouverts. Elles me rassuraient, et m'entouraient de cette pureté si étrange soit elle. J'en avais besoin, j'en avais envie, et j'avais envie de partager cette lumière en moi, et de leur transmettre.
On dit que l'âme des hommes s'égarent dans les montagnes quand la pierre et l'âme se mêlent à la fin de leur vie.
C'est assez bizarre. C'est un besoin physique. Quand j'y suis, je peux les fixer un long moment, sourire, et m'imaginer plus proche, tentant de les encadrer de mes bras. Je m'imagine leur réponse, me faisant rougir de plaisir, et je m'enorgueillis de les connaitre, en espérant y voir tous les jours de plus en plus clair. J'adhère, et en même temps, j'adopte.
Il me vient parfois l'envie de les appeler, juste histoire d'entendre leur voix, que j'imagine grave, douce et profonde. Peut être un jour le ferais je ... Mais leur charme m'intimide, moi le cloporte face à l'immensité de l'éventuel.
Comprendra qui pourra, mais ces montagnes m'émeuvent et me charment. Je n'en ai pas de photos, mais j'en ai l'émotion que j'essaie de transporter sur ces caractères numériques.
Un jour, je prendrai sur moi de me faire avancer vers elles, et j'irais les embrasser de mes bras et mon âme pour qu'enfin je sente leur souffle sur ma nuque, frais, agréable et sensationnel.
Elles m'ont touchées, oui. Et mon chant les attendra peut être, prochainement j'espère.
C'est là que je commence à rire. Quand les gens autour s'écroulent, de rire ou de douleur. Ce que ça peut être drôle.
On les voit passer, on les voit avoir peur, et on s'entend dire que nous aussi. Mais ce qui est étrange, c'est qu'au fond, on est loin d'eux, de leurs préoccupations, de leurs soucis. Elle me disait l'autre fois, pour ne citer qu'elle : "Mais tu te rends compte ? Ma fille a attrapé des POUX à l'école ! Moi je n'en ai jamais eu, j'aurais du la mettre dans une école privé !"
Et moi, d'un air sérieux : "Des poux ? Purée, tu sais qu'en plus ta fille est petite, elle pourrait attraper une infection? J'ai lu une étude comme quoi les poux avaient évolué depuis ces 10 derniers années, et qu'ils résistaient, se cachaient, et transféraient des maladies du sang."
Résultat je l'ai paniquée, sa fille a pas été à l'école pendant 8 jours...
Comme quoi la bêtise humaine fait des ravages. Je ne parlerai pas de l'obscurantisme crasseux lié à la religion, et ses combats perdus d'avance pour la sauvegarde de l'humanité. Je ne vais pas parler des abrutis de politiques (ouais parait que je peux le dire sans recevoir une amende de 30 000 euros et 24 mois de prison avec sursis). Je vais plutôt parler des inquiétudes des gens.
Globalement, l'être humain a peur. La mortalité, sujet tabou global de l'homme, sa plus grande peur, est connue depuis la nuit des temps. On pourrait se dire qu'ils auraient plutôt du penser, au lieu de faire des armes à feu, à développer la médecine de façon encore plus poussée, mais que voulez vous, l'abject est d'un naturel opportuniste.
Les peurs de l'humain moderne sont autres. Avant de penser à comment survivre, l'humain pensera plutot 'Purée, ma voiture est cassée et j'vais devoir prendre les transports en commun avec tous ces cons" (notons que pour les autres personnes des transports sus cités, il fait aussi partie des cons). Ou alors, ça concerne une maladie, un manque d'un truc débile ou autre.
C'est tellement drôle de voir les gens se parler, et faire semblant d'être intéressés par les petits tracas ridicules des uns et des autres ! Si on mixait les inquiétudes des humains sur 1 km², on aurait j'ai l'impression une sorte de chasse à l'inquiétude la plus puérile, débile et même anodine. Bon y'a bien sur ceux qui s'inquiètent de voir que le nouveau prada n'est pas disponible la semaine à venir alors qu'il était annoncé mais bon ... Cas à part, la bêtise n'a donc pas de limites.
Dans une note un peu plus positive, la peur et l'inquiétude sont des sentiments humains nécessaires à son équilibre. Ils contre balancent la sensation d'immortalité, et de pouvoir faire ce que l'on veut en dépit de toute loi. Ils aident les uns et boostent les autres. Mais c'est vrai qu'on est tous différents.
(Merde ce texte par en vrille j'ai perdu la trame :'( Ca m'inquiète.)
Tout a commencé par un départ soldé en décès. C'est dingue ce sentiment de se dire que lorsqu'il n'est pas à coté de nous, on ne s'en soucie pas, et malgré autant d'années à s'aimer, quand sa disparition se fait connaitre, ce mal, cette douleur profonde qui vous tiraille, ce bruit sourd qui vous transperce vous émeut à tout jamais.
Je l'ai eu à mes cotés au bout de peu de temps, il était là, souriant, heureux, aimant, et j'étais là, à le regarder, l'embrasser, lui parler ... Et d'un coup, plus rien. La mort, ce néant obscur d'où ne percent que les souvenirs, les sentiments et les émotions. Je l'ai su 10 jours après, après un mois de travail harassant ne me laissant que peu de temps pour moi et mes proches. Comme c'est souvent le cas, cet être nous semble éternel, on se dit toujours qu'il va rester là, à nous attendre, jusqu'à ce que nous arrivions, et l'embrassions comme si de rien n'était. Mais non. Elle m'a appelé, L., et m'a dit "Ecoute Vincent, il a disparu y'a environs 10 jours, on avait pas de nouvelles, et pourtant on l'a appelé. Mais personne, alors bah, on voulait t'annoncer que pour nous, au vu de tout ce qu'on a fait, même des avis de recherche lancés, on pense qu'il est mort. On sait que t'as énormément de boulot et pas le temps de descendre, mais tu dois savoir. J'espère te voir bientot." J'étais au boulot à ce moment là. J'me suis assis, j'ai regardé en l'air, pour réfléchir à ce qu'elle m'avait dit, à bien ingurgiter, et quand la nouvelle m'a finalement imprégnée, j'ai eu mal. Terriblement.
Je suis allé les voir le lendemain, 2 heures de route dans le froid et l'horreur des transports routiers d'Ile de France, et je l'ai vu elle, M., les yeux rouges, l'air triste. En imbécile de base, je pris sur moi de lui dire innocemment "Si t'es malade j'te fais pas la bise hein." et elle s'est mise à pleurer, et s'est effondrée sur moi. L'autre est arrivé derrière, P., l'air abattu, il m'a regardé, sans rien dire j'ai compris. Le silence.
J'avais la désagréable sensation d'être l'ilot au milieu de l'océan déchaîné. Le rocher du fleuve. Froid, distant, neutre, et surtout, loin du décor, dans une certitude d'immensité où se mêlent la fierté et la peur intestine. Et puis, la pierre s'est décrochée, et est partie. En avançant je les voyais au loin, L. M. et P., tristes et étonnés de mon départ. C'est vrai qu'on a toujours l'impression que dans les moments difficiles, tous se rallient sur la même barque, se soutenant pour contenir l'eau à contre sens. Mais c'est là que j'ai compris que je pouvais juste pas en être, que ces gens là, défaits et abattus dans leur semblant de dignité, m'étaient étrangers.
J'ai donc pris la p'tite R5, et j'ai du rouler bien 2h, et j'me suis arrêté au beau milieu de la forêt de Fontainebleau. J'me gare dans un endroit adapté, je prends mes clopes, et j'vais marcher.Et là, je vois un petit affleurement avec un rocher qui dépassait du sol. Je m'asseois, et je suis resté ainsi sans rien dire, sans presque penser, bien 2 bonnes heures encore.
Et je suis rentré. Sans dire un mot.
Aujourd'hui, on ne sait toujours pas ce qu'il s'est passé. Ca fait bientôt 4 mois, et on a aucune nouvelle. Ma famille est atterrée et désemparée, les forces responsables des recherches sont bredouilles, et on essaie encore à l'heure actuelle de n'en parler qu'à mi mot, lors des rassemblements réguliers de famille. Mes rapports avec eux ce sont plus que dégradés, mais les faux semblants ressoudent les morceaux. Mes proches eux sont effondrés, enfin, ceux qui le connaissait. Moi dans tout ça, je ne sais pas. Je ne ferais pas de deuil. J'espère qu'un jour je le reverrai, mais je sais au fond de moi que c'est sans espoir, sans m'y résoudre vraiment complètement.
Il avait presque 9 ans, D. . Et depuis, son image me fait mal. Peut être un jour m'appellera-t'il quand je ne m'y attendrait pas ...