Tout a commencé par un départ soldé en décès. C'est dingue ce sentiment de se dire que lorsqu'il n'est pas à coté de nous, on ne s'en soucie pas, et malgré autant d'années à s'aimer, quand sa disparition se fait connaitre, ce mal, cette douleur profonde qui vous tiraille, ce bruit sourd qui vous transperce vous émeut à tout jamais.
Je l'ai eu à mes cotés au bout de peu de temps, il était là, souriant, heureux, aimant, et j'étais là, à le regarder, l'embrasser, lui parler ... Et d'un coup, plus rien. La mort, ce néant obscur d'où ne percent que les souvenirs, les sentiments et les émotions. Je l'ai su 10 jours après, après un mois de travail harassant ne me laissant que peu de temps pour moi et mes proches. Comme c'est souvent le cas, cet être nous semble éternel, on se dit toujours qu'il va rester là, à nous attendre, jusqu'à ce que nous arrivions, et l'embrassions comme si de rien n'était. Mais non. Elle m'a appelé, L., et m'a dit "Ecoute Vincent, il a disparu y'a environs 10 jours, on avait pas de nouvelles, et pourtant on l'a appelé. Mais personne, alors bah, on voulait t'annoncer que pour nous, au vu de tout ce qu'on a fait, même des avis de recherche lancés, on pense qu'il est mort. On sait que t'as énormément de boulot et pas le temps de descendre, mais tu dois savoir. J'espère te voir bientot." J'étais au boulot à ce moment là. J'me suis assis, j'ai regardé en l'air, pour réfléchir à ce qu'elle m'avait dit, à bien ingurgiter, et quand la nouvelle m'a finalement imprégnée, j'ai eu mal. Terriblement.
Je suis allé les voir le lendemain, 2 heures de route dans le froid et l'horreur des transports routiers d'Ile de France, et je l'ai vu elle, M., les yeux rouges, l'air triste. En imbécile de base, je pris sur moi de lui dire innocemment "Si t'es malade j'te fais pas la bise hein." et elle s'est mise à pleurer, et s'est effondrée sur moi. L'autre est arrivé derrière, P., l'air abattu, il m'a regardé, sans rien dire j'ai compris. Le silence.
J'avais la désagréable sensation d'être l'ilot au milieu de l'océan déchaîné. Le rocher du fleuve. Froid, distant, neutre, et surtout, loin du décor, dans une certitude d'immensité où se mêlent la fierté et la peur intestine. Et puis, la pierre s'est décrochée, et est partie. En avançant je les voyais au loin, L. M. et P., tristes et étonnés de mon départ. C'est vrai qu'on a toujours l'impression que dans les moments difficiles, tous se rallient sur la même barque, se soutenant pour contenir l'eau à contre sens. Mais c'est là que j'ai compris que je pouvais juste pas en être, que ces gens là, défaits et abattus dans leur semblant de dignité, m'étaient étrangers.
J'ai donc pris la p'tite R5, et j'ai du rouler bien 2h, et j'me suis arrêté au beau milieu de la forêt de Fontainebleau. J'me gare dans un endroit adapté, je prends mes clopes, et j'vais marcher.Et là, je vois un petit affleurement avec un rocher qui dépassait du sol. Je m'asseois, et je suis resté ainsi sans rien dire, sans presque penser, bien 2 bonnes heures encore.
Et je suis rentré. Sans dire un mot.
Aujourd'hui, on ne sait toujours pas ce qu'il s'est passé. Ca fait bientôt 4 mois, et on a aucune nouvelle. Ma famille est atterrée et désemparée, les forces responsables des recherches sont bredouilles, et on essaie encore à l'heure actuelle de n'en parler qu'à mi mot, lors des rassemblements réguliers de famille. Mes rapports avec eux ce sont plus que dégradés, mais les faux semblants ressoudent les morceaux. Mes proches eux sont effondrés, enfin, ceux qui le connaissait. Moi dans tout ça, je ne sais pas. Je ne ferais pas de deuil. J'espère qu'un jour je le reverrai, mais je sais au fond de moi que c'est sans espoir, sans m'y résoudre vraiment complètement.
Il avait presque 9 ans, D. . Et depuis, son image me fait mal. Peut être un jour m'appellera-t'il quand je ne m'y attendrait pas ...
09/11/09 - 23:55
si ce n'est pas une fiction, je te plains sincèrement. Jamais je ne voudrais vivre ça :(
jefflebelge